LE CONTRAT
Le 8
septembre 1969, Hydro-Québec est autorisée par la résolution
AC-728/69 à prendre auprès d’un assureur une assurance vie
collective supplémentaire (AVCS) sur la vie des employés.
Sont admissibles certains groupes d’employés dont le salaire
annuel de base excède 25 000 $ et qui sont déjà assurés pour un
montant de 75 000 $ en vertu du régime d’assurance vie collective de
base (AVCB).
Cette résolution
mentionne que cette assurance continuera d’être en vigueur durant la
retraite. Durant la vie
active, les coûts sont partagés également entre l’employé et
l’employeur tandis qu’à la retraite l’ex-employé paie 100 % de
la prime. L’article 4 de
la police d’assurance (no. 5159) dispose que «
l’assurance d’un participant continue lors de sa mise à la retraite
et le montant d’assurance payable à son décès demeure inchangé. »
L’article
15 de la police traite du rôle d’Hydro-Québec à titre d’assuré
et stipule que «
pour les fins du présent contrat, l’assuré est le mandataire des
participants, sauf quant aux droits et obligations qui
leur sont propres ».
Il y a
donc des liens juridiques mandants – mandataires qui unissent Hydro-Québec
et les adhérents.
LES
ALARMES
Dès
le début des années 1980, Hydro-Québec s’interroge sur la viabilité
des programmes d’assurance vie. La
société d’actuaires Mercer présente en 1982 un «
rapport sur la projection et l’analyse des coûts de l’assurance
post-retraite offerte au personnel d’Hydro-Québec ».
Mercer recommande à Hydro-Québec de réviser dès à présent
ses programmes d’assurance vie à l’intention des retraités.
Le vieillissement des employés et retraités profitant de ces régimes
entraînera l’augmentation des taux de prime.
Mercer va jusqu’à «
suggérer une diminution graduelle de l’assurance vie post-retraite.
» Ce rapport prend alors
le chemin des archives.
Quatorze ans plus tard (1994), Mercer présente
cette fois un nouveau rapport sur l’évolution des taux de prime du régime
AVCS.
À ce moment-là, le régime AVCS est fermé aux nouveaux adhérents
depuis le 1er juillet 1993 et le régime AVCC (assurance vie
collective complémentaire) qui est en vigueur depuis le 1er
janvier 1993 est ouvert avec ses avantages économiques alléchants pour
les anciens adhérents excluant les retraités.
L’étude de Mercer porte sur l’évolution des taux de prime
du régime AVCS au cours des 30 prochaines années selon cinq scénarios.
Les résultats de deux de ces scénarios sont à retenir.
Le premier correspond à la situation qui aurait prévalu si l’AVCS
n’avait pas été fermé et l’AVCC non créé et résulte en une
augmentation totale du taux de prime pour une période de 30 ans de 192
%;
le second est conforme au vécu du régime et conclut à une
hausse de 365 %.
Le 5 octobre 1995, Mercer dépose un autre rapport qui précise
cette fois que «
la fermeture du régime (aux nouveaux adhérents) entraînera la
non-viabilité à long terme » parce
que la hausse des taux de prime résulterait en « un niveau
de cotisation inacceptable selon la formule actuelle de partage
des coûts ».
Mercer fait également
une affirmation fondamentale qui est partagée par les retraités, à
savoir que «
les retraités actuels sont présumés avoir choisi leur protection
financière au décès en tenant compte des conditions applicables au régime
(AVCS) d’Hydro-Québec au moment de leur retraite ».
Il est
inéquitable que les règles du jeu changent lorsqu’il est trop tard
pour s’assurer ailleurs.
Sur cette base, ajoute Mercer, «
les approches acceptables à Hydro-Québec sont celles qui permettraient
aux retraités de continuer leur plein montant d’assurance et qui
limitent leurs cotisations à celles qui auraient été payables s’il
n’y avait pas eu de fermeture de régime ».
Ces
constatations conduisent à distinguer deux notions fondamentales dans
ce dossier : le vieillissement naturel et le vieillissement accéléré
des adhérents.
Le vieillissement naturel des adhérents est celui qui aurait eu
cours si les conditions du régime AVCS n’avaient pas changé et le régime
AVCC n’était pas né tandis que le vieillissement accéléré est
celui résultant de la fermeture du régime AVCS aux nouveaux adhérents
et du transfert d’employés actifs adhérents à l’AVCS dans l’AVCC.
En mars 2000, la firme Normandin Beaudry dépose un autre
rapport sur le régime AVCS où il est dit que «
le fait que l’AVCS soit fermé totalement à toute nouvelle adhésion
remet en question la viabilité à long terme de ce régime….à long
terme, il ne restera que peu d’assurés, tous âgés, qui devront
payer des primes annuelles se rapprochant de la valeur de leur
prestation au décès ».
Pendant que les
coûts pour les retraités seront dans 10 à 25 ans de plus en plus
prohibitifs, les coûts pour Hydro-Québec seront de plus en plus négligeables
parce que les employés actifs adhérents à l’AVCS seront de moins en
moins nombreux.
LES
ENGAGEMENTS
Dès
1980, le concept de la rémunération globale est en application à
Hydro-Québec. Des
documents officiels tels que Information Cadres des années 1979, 82 et
84 le démontrent. Dans
chacun, il est dit que l’AVCS est une composante de cette rémunération
globale. Rappelons que
cette notion forme un tout dont les composantes que sont le salaire, les
indemnités, les conditions de travail rétribuées et les avantages
sociaux constituent des vases communicants.
L’application de ce concept fait que l’obtention d’un
avantage monétaire dans l’un des éléments réduit la marge monétaire
dans les autres éléments. Ainsi les adhérents pour qui l’entreprise a versé 50 %
des cotisations à l’AVCS ont renoncé à d’autres éléments de
leur rémunération durant leur vie active.
Ce manque à gagner aura été inutile si les adhérents retraités
n’ont plus les moyens de payer les primes en vigueur.
À l’occasion des campagnes de départs volontaires des années
1980 et 1990, l’entreprise soulignait dans ses programmes que les
employés qui la quittaient pouvaient maintenir leur adhésion à l’AVCS
comme retraités. Dans le
programme de départs volontaires de 1997 et 1998, le régime AVCS fait
partie intégrante du « Guide d’information
générale » préparé pour les employés et aucune mention
n’est faite que les primes sont susceptibles d’augmenter considérablement
dans les prochaines années. De
plus, pour favoriser l’adhésion à ces programmes, Hydro-Québec
avait amendé la police d’assurance 5159 pour permettre aux employés
qui quittaient avec la loi 116 de bénéficier du maintien de l’AVCS.
Dans
le « Répertoire des conditions de travail des cadres » de 1994, il
est dit dans la section consacrée au régime AVCS que «
la personne adhérente qui prend sa retraite peut continuer de bénéficier
du régime d’assurance collective supplémentaire. »
Il est dit aussi dans ce texte que «
le taux de prime peut varier d’une année à l’autre, compte tenu
des résultats de l’évaluation actuarielle du régime. »
Les employés qui ont adhéré à ce régime et qui ont suivi son
évolution pendant leur carrière à Hydro-Québec ne pouvaient
soupçonner que le régime serait en péril en 2000 et qu’il ne
pourrait être sauvé que si ces employés maintenant retraités
consentaient à des hausses de prime déraisonnables.
LE COUPERET
En novembre 2000, Hydro-Québec transmet aux adhérents un document
sur les changements qu’elle va apporter à l’AVCS où elle affirme
que « la
situation financière du régime d’assurance vie collective
supplémentaire ainsi que les hausses importantes de prime prévues pour
les prochaines années mettent en péril la viabilité du régime à
long terme. » Le
texte est complètement silencieux sur les motifs de ce péril mais la
conséquence est tragique.
Les primes mensuelles par 1000 $ d’assurance qui sont prévues
doivent passer d’environ 0,60 $ à 0,90 $, 1,25 $, 1,75 $, 2,45 $,
3,30 $ par tranches de cinq ans jusqu’à 4,35 $ à compter de 2027.
Hydro-Québec reporte par la suite la mise en application des
nouvelles primes prévues initialement en fin de décembre 2000.
Au cours de
l’hiver 2000-2001, se forme une coalition regroupant l’APRHQ et les
syndicats SPIHQ, SPSI et SSPHQ .
En mai 2001, les représentants de la coalition présenteront aux
délégués d’Hydro-Québec un mémoire portant sur la
«
problématique de la modification des paramètres économiques de
l’AVCS. »
Cette présentation n’aura pas de suite.
Le 25 mai 2001, Hydro-Québec annonce plutôt que des ajustements
seront apportés.
Les adhérents reçoivent l’information à ce sujet après le
26 juin.
Les améliorations apportées sont un décret amélioré mais
l’écart entre les coûts du vieillissement accéléré et du
vieillissement naturel n’est pas comblé.
Les primes mensuelles par 1 000 $ d’assurance passent
maintenant de 0,60 $ à 0,80 $, 1,10 $, 1,50 $, 2,05, 2,75 $ par
tranches de cinq ans jusqu’à 3,90 $ à compter de 2027.
La nouvelle décision d’Hydro-Québec annonce de plus que la
subvention de 8 M$ comprise dans les améliorations était augmentée de
20 M$ mais passe sous silence l’impact fiscal de cette subvention qui
est d’au moins 40 % pour la plupart des adhérents.
C’est
ainsi que la majorité des adhérents se sont retrouvés prisonniers en
2001 du régime AVCS parce qu’ils étaient
trop vieux ou en mauvaise santé pour lui substituer une autre
protection.
Yves Tanguay
Comité AVCS
23 février 2006